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Concours en fin de M1 : la refondation de l’école de la République compromise
12 novembre 2012, 15:16
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On ne s’est pas battu pour rien depuis 2009 : le GRFDE (Groupe Reconstruire la Formation Des Enseignants) publie aujourd’hui sur « Liberation.fr » un texte très critique (reproduit ci-dessous) sur le dispositif Peillon annoncé. Consulter également le site du GRFDE ( http://grfde.eklablog.com/ ) pour prendre  connaissance et éventuellement signer le texte fondateur du 19 septembre 2012.

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Concours en fin de M1 : la refondation de l’école de la République compromise

Au moment, tant attendu, où l’État affirme sa volonté de se réengager dans la formation des enseignants, parmi tous les scénarios envisagés, le ministre de l’Éducation nationale semble privilégier, depuis la fin de la « Concertation nationale », l’hypothèse de concours de recrutement placés en fin de M1. Un tel dispositif deviendrait effectif dès la rentrée 2013-2014 et la session 2014 des concours. En projetant aujourd’hui d’avancer les concours d’un an, le gouvernement décide de cesser de mettre des enseignants sans formation professionnelle devant les élèves (la formation professionnelle post-concours ayant été supprimée en 2009 lors de la
« mastérisation »). Mais ces enseignants seront-ils mieux formés pour autant ?
En 2009, ce scénario d’un concours en M1, suivi d’une année de formation professionnelle en M2, avait été envisagé comme une alternative à l’aberrante réforme imposée par les ministres Xavier Darcos et Valérie Pécresse. Cependant, les limites de cette formule apparaissaient immédiatement à l’analyse, analyse par ailleurs confirmée par la Cour des Comptes en février 2012.
En reprenant ce scénario, sorte de masterisation minimale, le gouvernement fait retour à ce qui existait avant la réforme de 2009 : un concours passé à Bac + 4, suivi d’une seule année de formation alternée et rémunérée sous statut de fonctionnaire-stagiaire. En l’enveloppant d’un diplôme de master, ce dispositif multiplie les incohérences et n’apporte pas d’améliorations par rapport aux IUFM d’avant 2009. Il reste donc très en deçà de la   reconstruction de la formation des enseignants qu’exige la refondation de l’école.

Un dispositif incohérent
Premièrement, un tel dispositif pose avec intensité la question des orientations et réorientations à la fin du M1 en cas d’échec au concours. Si le problème des « reçus-collés » est moins aigu que dans le cas d’un dispositif qui placerait les concours en fin de M2 (quelle que soit l’importance des épreuves disciplinaires et des épreuves professionnelles), ou bien pour partie en M1 et pour partie en M2, le placement des concours en fin de M1 ne le résout pas vraiment.

On peut en effet évaluer le nombre des étudiants reçus à leur M1 mais collés aux concours à 80 % des effectifs d’une promotion. Même si une sélection est établie par un jury universitaire, souverain, entre le M1 et le M2, elle sera nécessairement moins drastique que celle d’un jury de concours, dont les exigences ne sont pas tant liées à un niveau spécifique qu’à un nombre limité de postes offerts aux concours.

De ce fait, ces étudiants auront le droit de s’engager en M2 et beaucoup voudront certainement le faire dans l’espoir de réussir le concours l’année suivante avec de meilleures chances. À moins que, pour les masters  professionnels des métiers de l’enseignement, le gouvernement envisage de réserver l’accès au M2 aux seuls lauréats des concours, option pour le moins hasardeuse au regard de la loi et que le ministère n’a pas évoquée jusqu’ici. Cela conduirait en effet à établir un numerus clausus à l’entrée du M2, défini par le MEN, privant ainsi les universités du droit de sélectionner elles-mêmes les étudiants admis dans ces M2.
En fait, le gouvernement voudrait plutôt que ces étudiants bifurquent en M2 vers d’autres voies professionnelles : éducateurs de jeunes enfants, aide-éducateurs, assistants de vie scolaire, médiateurs, animateurs socioculturels, agents ou cadres des collectivités territoriales travaillant dans le domaine de l’éducation, des sports, des loisirs et de la culture, formateurs de formateurs, métiers de l’édition, etc. Même si les résultats des  épreuves d’admissibilité étaient connus au début du deuxième semestre de M1, ainsi que l’ont récemment indiqué des responsables ministériels, il ne serait déjà plus temps pour les étudiants de se réorienter vers une autre voie (à moins de désorganiser plusieurs S2 de M1) et ils devraient attendre pour cela l’année de M2.
Cette réorientation serait vécue par la plupart de ces étudiants comme la rançon d’un échec, comme le choix d’un métier de substitution non motivé par l’intérêt personnel. Est-ce ainsi que l’on conçoit ces autres métiers dans le champ de l’éducation, à savoir des pis-aller pour étudiants ayant échoué aux concours de l’enseignement ? Ce serait établir là une hiérarchie insupportable entre métier « noble » d’enseignant et métiers de « petites mains » de l’éducation…
En outre, si l’on prend au sérieux ces autres métiers du champ éducatif, plusieurs questions surgissent. Est-il sûr que ces formations puissent correspondre dans toutes les académies à d’authentiques débouchés ? L’université sait-elle partout dès maintenant concevoir les masters correspondants et a-t-elle les moyens humains de les délivrer ? N’est-il pas prévu de déléguer totalement ces formations aux « Écoles supérieures du professorat et de l’éducation » (ÉSPÉ) et n’y a-t-il pas là le risque de siphonner les formations existantes et de transformer au bout du compte, bon gré mal gré, les ÉSPÉ en composantes « à tout faire » où se diluerait le coeur de leur mission, à savoir la formation des enseignants ?
Deuxièmement, ce système implique forcément une distorsion marquée entre le M1, tout entier tourné vers la préparation des épreuves écrites et orales du concours de recrutement d’enseignants, et le M2, qui aura des finalités bien différentes. On a reproché aux IUFM d’avant 2009 de n’avoir pas réussi à mettre en cohérence première et deuxième années de formation. Ce « nouveau » dispositif produirait les mêmes effets : les étudiants lauréats des concours enchaîneraient eux aussi deux années sans continuité l’une avec l’autre, successivement focalisées sur la préparation du concours — c’est-à-dire, en réalité, son bachotage — puis sur la formation
professionnelle. Le constat était unanime et sans appel : ce dispositif avait montré ses limites en matière de formation professionnelle.
Troisièmement, de cette rupture au coeur du diplôme de master découlent des incohérences statutaires et entre lieu de formation et lieu d’affectation. D’après les déclarations de Vincent Peillon, les lauréats seraient à la fois fonctionnaires stagiaires, sous l’autorité du rectorat employeur, et étudiants inscrits dans un M2. Ce double statut serait inédit dans l’histoire de la formation des enseignants. Il serait une source évidente de contradictions, de complications juridiques, voire de contentieux devant les tribunaux administratifs. Qui piloterait vraiment la formation ?
Et si ces jeunes étaient placés en report de stage pendant un an, seraient-ils rémunérés comme contractuels à hauteur d’un demi-salaire comme dans le cas du dispositif transitoire pour les étudiants admissibles de la promotion 2013-2014 ?
Dans quelle académie les lauréats effectueraient-ils cette année de M2 ? De nombreux candidats préparent les concours dans une académie mais ils les passent et effectuent leur année de stage dans une autre. Devraient-ils ainsi changer d’académie et d’université ou d’ÉSPÉ en M2 afin de mieux se préparer aux conditions réelles d’exercice de leur métier, ce qui accentuerait encore les discontinuités au cours du diplôme ? Ou bien resteraient-ils dans le même établissement universitaire tout au long de leur master, pour être affectés ensuite à plein temps dans une nouvelle académie ? Ceci mettrait en péril la progressivité de leur insertion professionnelle. C’est
ce qu’ont connu les trois dernières promotions de professeurs stagiaires avec les difficultés extrêmes que l’on sait.
En somme, ce dispositif manque de cohérence et de justice. Et, on ne peut que le redouter, il peinerait à résoudre la crise du recrutement.

Un dispositif très en deçà des objectifs de refondation de l’école
Cette formation successive ne peut pas non plus apporter d’amélioration de la formation professionnelle par rapport au dispositif d’avant 2009.
Le gouvernement le voudrait-il, il serait particulièrement difficile de mettre en place des stages en nombre suffisant et dans des conditions satisfaisantes pour des promotions entières d’étudiants de M1, sauf à sélectionner les étudiants à l’entrée des masters portés par les ÉSPÉ. Ce problème serait quasiment insoluble dans plusieurs académies du Sud de la France. Il confinerait à l’extravagance si les M2 enseignement (comportant nécessairement des stages d’observation, accompagnés et en responsabilité) étaient ouverts aux étudiants ayant échoué au concours ! Or, s’il n’y a pas de stage en M1, parler de formation professionnelle pour cette première année du
master serait se payer de mots. Ce serait le signe patent d’une réforme avortée quant à ses objectifs d’amélioration de la formation professionnelle.
Mais, dans de telles conditions, sans possibilité de concevoir une formation en alternance dès le M1 pour tous, quel sens peut avoir la volonté affichée du Ministère de l’Éducation nationale de faire évoluer les épreuves du concours pour les rendre plus « professionnelles » ? Si celles-ci ne peuvent susciter une réflexion sur l’expérience d’un enseignement mis en oeuvre lors de stages, porteraient-elles sur la connaissance livresque du système éducatif et comporteraient-elles des questions de didactique ou de pédagogie, ce qui, étant donné le manque d’expérience des candidats, les feraient relever d’une doxa ? Le paradoxe serait que les candidats qui feraient des stages pour mieux appréhender le métier se consacreraient moins entièrement à la préparation du concours et se retrouveraient vraisemblablement en plus mauvaise position pour le réussir. Dans l’hypothèse ou un stage serait intercalé en M1 entre les épreuves d’admissibilité et les épreuves d’admission, il serait nécessairement de courte durée. Si les épreuves d’admission devenaient plus professionnelles, les candidats ne pourraient guère aller au-delà de déclarations de principe, cherchant surtout à se conformer aux attentes supposées du jury en matière de didactique ou de pédagogie.
En vérité, absorbés entièrement dans ce dispositif par la préparation du concours durant la première année, les lauréats n’auraient qu’une année pour se former sur le plan professionnel, c’est-à-dire rien de plus qu’avant le train de réformes de 2009, mais avec, de surcroît, la nécessité de répondre aux exigences des formations de l’année de M2 et de la réalisation d’un mémoire de recherche.
Ce serait un comble, cette solution conduirait aussi à réduire d’une année la période officiellement consacrée à la formation initiale. Dans le dispositif actuel en effet, l’année durant laquelle les lauréats sont fonctionnaires-stagiaires prolonge le master et s’ajoute à lui ; avec la solution proposée par le ministre Vincent Peillon, elle se confond avec le M2. Certes, avec la « réforme Darcos », les stagiaires doivent un service complet et parler de stage dans ce cas est un abus de langage. Mais tous les acteurs demandaient le retour à un service fortement diminué, en vue d’alléger la charge de travail des stagiaires et d’organiser une vraie formation tout au long de
cette année post-master. Avec un concours placé en M1, l’année suivant le M2 serait la première dans le statut de titulaire et, pour prolonger la formation du master, on ne pourrait recourir qu’à la formation continue ce qui exigerait qu’on la sorte au moins de la misère actuelle.
En seconde année, investis fortement dans leurs préparations d’enseignant en formation alternée, les étudiants-professeurs-stagiaires ne pourraient guère s’initier à la recherche, initiation qui ne peut se confondre avec ce qui est exigé dans la rédaction d’un mémoire de stage. Pourrait-on encore parler de master dans ces conditions ? Et il ne serait pas sérieux de relativiser ces défauts substantiels au motif que beaucoup d’étudiants pourraient réaliser au préalable un master recherche. On peut également craindre que les étudiants fassent encore le reproche aux formations de M2 de ne pas répondre à leurs attentes, très largement dessinées par les exigences des stages en responsabilité et de leur évaluation dans le master.

Au total, avec une telle réforme, où serait l’amélioration de la formation des enseignants et qu’adviendrait-il de la politique de refondation de l’école ? L’opiniâtre mobilisation, durant trois années, de tous les acteurs de la formation contre la réforme imposée par Nicolas Sarkozy et Xavier Darcos et la concertation organisée durant deux mois pourraient-elles déboucher sur … ce retour en arrière imprévu, le rétablissement du dispositif d’avant 2009, empiré par des difficultés supplémentaires ? La montagne accoucherait d’une souris. Nous le disons avec inquiétude : le décalage est manifeste avec les grands desseins exposés il y a quelques mois. Si le gouvernement
confirme cette direction, nous allons là vers une pauvre réforme sans ambition, ni souffle à la hauteur des enjeux, qu’on s’apprêterait néanmoins à appliquer dans la précipitation.

Reconstruire vraiment la formation des enseignants
Pour reconstruire la formation des enseignants au service de la refondation de l’école, il est nécessaire, tout à la fois :
– d’assurer la qualité de la formation disciplinaire des enseignants afin qu’ils puissent transmettre des savoirs solidement fondés et effectivement maîtrisés, ce qui nécessite deux années pleines au-delà de la licence ;
– d’adosser la formation à la recherche, durant les deux années du master, afin que les enseignants conçoivent leurs enseignements de manière autonome, puissent adopter une posture réflexive sur leurs pratiques et s’approprier les avancées de la recherche dans les disciplines et en éducation ;
– de garantir une véritable alternance progressive durant au moins deux ans, jalonnée par des stages dès la première année ;
– de mettre en oeuvre la formation professionnelle en s’appuyant sur des équipes pluricatégorielles (universitaires, formateurs en temps partagé, praticiens-formateurs, inspecteurs, etc.) ;
– d’assurer la démocratisation du recrutement des enseignants par des concours accessibles de manière précoce ouvrant sur une formation rémunérée ainsi que par des prérecrutements en nombre conséquent.
Comme on le voit avec les trois premiers réquisits, la formation universitaire professionnelle en alternance doit durer deux années, sans être détournée de son objet par la préparation des concours. C’est très exactement le bilan qui a été tiré des deux réformes précédentes, celle de 1991, puis celle de 2009. Aucune refondation de l’école n’est possible sans cela. Dès lors, il n’y a pas d’autre choix que d’organiser au niveau de la licence un concours donnant accès à un master enseignement et, pour les étudiants déjà titulaires d’un master, de tenir un concours supplémentaire donnant accès à un M2 enseignement. C’est le modèle que suivent les formations
d’ingénieurs, de médecins, des infirmiers-ières, des contrôleurs aériens, etc. Pourquoi — en dehors de raisons budgétaires — ce modèle ne pourrait-il s’appliquer à la formation des enseignants ?

Seules ces propositions que, parmi d’autres (mouvements politiques, organisations syndicales, collectifs, associations professionnelles, fédération de parents d’élèves, mouvements pédagogiques…), le GRFDE soutient (voir son texte programmatique du 19 septembre), permettent de répondre à cette exigence : reconstruire vraiment la formation des enseignants pour porter l’urgence démocratique de la refondation de l’école de la République.
Le GRFDE demande au gouvernement et à la majorité parlementaire de prendre le temps d’une concertation approfondie sur ce sujet aussi crucial pour l’avenir de l’école et de faire des choix à la hauteur des enjeux pour assurer la refondation de l’école de la République.

Novembre 2012



Appel de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (23 février 2012)
29 février 2012, 17:02
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Pétition électronique à signer par tous les citoyens http://appel-enseignement-sup-et-recherche.fr/

Appel de l’Enseignement supérieur et de la Recherche aux candidats à l’élection présidentielle et aux citoyens

L’actuel gouvernement présente la réforme de l’Université comme l’une des grandes réussites du quinquennat. Il prétend avoir donné aux universités leur autonomie, avoir fait, en faveur de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, « des efforts financiers sans précédent », avoir engagé une politique de l’excellence qui commencerait à porter ses fruits au niveau international et avoir réformé la formation des maîtres pour parvenir à une « meilleure formation des enseignants ».

Tout cela est faux !

Vous avez dit « autonomie » ?

Les universités subissent une tutelle du Ministère toujours plus tatillonne et dépendent de plus en plus de financements privés et d’impératifs de rentabilité immédiate. L’attribution des crédits récurrents de l’État est toujours aussi parcimonieuse et opaque. Et les « Responsabilités et Compétences Élargies » imposées aux Universités ne contribuent en rien à leur autonomie puisque l’État leur délègue de nouvelles charges financières sans les compenser. Alors que le gouvernement affiche l’Enseignement comme secteur prioritaire, aucun poste d’enseignant n’a été créé dans le supérieur depuis 2008. Le budget des universités, hors inflation, est en baisse d’environ 1 %. La liste des universités en déficit structurel ne cesse de s’allonger, imposant à l’Etat une mise sous tutelle contraire à l’autonomie qu’il prétend donner. Partout le développement des emplois précaires sert de variable d’ajustement à des budgets très contraints. L’indépendance scientifique et les libertés académiques des universités, des enseignants-chercheurs et des chercheurs ne sont plus respectées.

Vous avez dit « excellence » ?

Le culte de l’excellence – mot magique jamais défini – ne peut faire oublier comment la recherche est malmenée dans notre pays : diminution des financements récurrents des universités et des organismes de recherche (jusqu’à – 90 % dans certains laboratoires), suppression de 10 % des emplois administratifs du CNRS, sans lesquels les chercheurs ne peuvent travailler. L’application de la Révision Générale des Politiques Publiques (RGPP) ravale des établissements de recherche comme le CNRS ou l’INSERM, que le monde entier nous envie, au rang de simples « agences de moyens ». Pour faire remonter les universités dans des classements internationaux aux critères très discutables, le gouvernement a poussé aux regroupements en tous genres. Cette course au gigantisme a fait naître un système à plusieurs vitesses. Les disparités entre universités se creusent et menacent les équilibres inter et intrarégionaux, obligeant les étudiants à une mobilité qui pénalise les moins favorisés. Une concurrence généralisée s’est instaurée, entretenue par deux agences de pilotage et d’évaluation très coûteuses, au fonctionnement opaque : l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) et l’Agence d’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (AERES). Les universitaires et les chercheurs gaspillent désormais une part considérable de leur temps à rédiger rapports d’activité, dossiers de demande de financement et appels à projets, au détriment de leurs missions fondamentales de recherche et d’enseignement.

Vous avez dit « une meilleure formation des enseignants » ?

Des rapports de l’Assemblée nationale et de la Cour des comptes l’ont désormais établi : la réforme de la formation des enseignants des premier et second degrés est un échec flagrant. Elle aura finalement provoqué la chute du nombre de candidats aux concours, le démantèlement ou l’affaiblissement des IUFM et la désorganisation des UFR, l’augmentation du nombre d’enseignants précaires, et conduit de jeunes professeurs à exercer à temps plein sans formation professionnelle suffisante.

Nos concitoyens doivent savoir que le monde de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche est au bord de l’asphyxie. C’est pourquoi nous, enseignants-chercheurs, enseignants et chercheurs, bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, personnels sociaux et de santé, étudiants, lançons un appel solennel pour que soit mis un terme à toutes ces réformes, dont les effets sont dévastateurs.

Nous demandons une nouvelle politique pour l’Enseignement supérieur et la Recherche, en rupture avec les réformes destructrices que nous subissons depuis des années. Celle-ci devrait reposer sur les dix principes et objectifs suivants :

  1. Remplacer la loi LRU (loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités), qui n’est pas amendable car inspirée par une politique contraire aux principes d’indépendance, de collégialité et de démocratie qui sont ceux des universitaires et des chercheurs. La Conférence des Présidents d’Universités (CPU) porte une responsabilité historique dans les désordres causés par cette fausse autonomie. Elle ne saurait parler au nom des universitaires et doit cesser d’être le principal interlocuteur du Ministère.
  2. Abroger le décret du 23 avril 2009 modifiant le statut des enseignants-chercheurs.Garantir aux enseignants-chercheurs qu’au moins 50% de leur temps de travail sera consacré à la recherche, proscrire toute modulation à la hausse de leurs services et supprimer la nouvelle évaluation individuelle quadriennale.
  3. Rouvrir en urgence le dossier de la formation des maîtres, assurée conjointement par les IUFM (dont c’est la mission) et les UFR, non pour en réduire le coût par tous les moyens mais en donnant une réelle priorité à l’amélioration de l’enseignement primaire et secondaire, dans un cadre national fondé sur le recrutement par concours de fonctionnaires d’État à la hauteur des besoins.
  4. Élaborer un plan pluriannuel de création de postes et un programme de résorption de la précarité pour les universités et les organismes de recherche (administration, services techniques, enseignement, laboratoires, équipes de recherche).
  5. Garantir à tous nos organismes de recherche les moyens humains et financiers nécessaires à leur indépendance, leur développement et leur rôle national de structuration sur tout le territoire de la recherche à court et à long terme.
  6. Revenir à un traitement équitable entre universités pour satisfaire à l’exigence d’un enseignement et d’une recherche de qualité sur tout le territoire, au service des étudiants.
  7. Doter tous les établissements d’Enseignement supérieur et de Recherche de conseils décisionnaires où les élus des personnels et des étudiants soient largement majoritaireset limiter l’empilement des structures, afin de rester au plus près de ceux qui assurent effectivement la mission de service public qui leur est confiée.
  8. Redonner confiance à tous les personnels en mettant fin aux dispositifs qui créent des discriminations et un climat de concurrence permanente : agences de pilotage et d’évaluation, recours massif aux statuts précaires (y compris pour les doctorants et les jeunes docteurs), différenciation des carrières par le jeu de primes dont l’attribution relève le plus souvent du clientélisme.
  9. Améliorer les conditions de vie des étudiants par une politique ambitieuse et de long terme, impulsée par l’État et les Régions. Trop d’entre eux vivent et étudient aujourd’hui dans des conditions indignes d’un pays qui souhaite augmenter le nombre de ses diplômés de haut niveau.
  10. Abroger le décret Guéant du 31 mai 2011 et son récent complément. En finir avec la politique inique de sélection et de restriction de l’accueil des étudiants étrangers dans nos universités.

 Nous entendons défendre des valeurs républicaines  : 
 1/ droit à la connaissance pour tous 
 2/ droit de choisir sa filière sans discrimination financière ni territoriale 
 3/ droit de s’engager dans des études ou de mener des recherches qui ne sont pas immédiatement rentables.

Il y va de l’avenir de notre société et des générations futures.

 Nous nous adressons aux candidats à l’élection présidentielle, afin qu’ils répondent aux attentes non seulement de la grande majorité des personnels et des étudiants de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, mais aussi des Français.

Nous nous adressons à tous nos concitoyens et leur demandons d’apporter leur suffrage aux candidats qui, soucieux de l’intérêt à long terme, prendront les engagements qui s’imposent afin que l’Enseignement supérieur et la Recherche retrouvent équilibre et sérénité, remplissent leurs missions et puissent contribuer à l’effort national destiné à répondre à tous les défis humains, économiques et sociaux auxquels nous sommes confrontés.

Pétition électronique à signer par tous les citoyens http://appel-enseignement-sup-et-recherche.fr/



Mélenchon : voeux à la communauté éducative
14 février 2012, 16:04
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Ne restons pas assoupis en cette période pré-sidentielle,
« Debout enseignant » était notre slogan, non ?
Alors commençons à relever les manches,
Et débattre des idées pour demain… bientôt !
Voici un premier extrait à discuter,
issu des voeux à la communauté éducative de J-L Mélenchon
http://www.placeaupeuple2012.fr/voeux-de-jean-luc-melenchon-a-la-communaute-educative-au-theatre-comedia/

[EXTRAIT] : « Notre école est une école émancipatrice. Notre objectif c’est de donner à chaque personne, homme ou femme, la possibilité de son autonomie d’existence. D’être son propre maître. Emanciper = se placer hors du mancipium, la main que le maître ou le père a sur la tête de l’enfant… Se constituer maître de soi-même par le savoir, la connaissance, qui nous permet de savoir quelles sont les déterminations qui sont à l’oeuvre sur nous (…) ».



APPEL DU 11 MAI 2011 – Du service de l’Etat républicain et de l’éthique pour un professeur
11 mai 2011, 14:53
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De fortes menaces pèsent actuellement sur la nature du métier d’enseignant. La compétence 1 « Agir en fonctionnaire de l’Etat, de façon éthique et responsable » va, pour la première fois, devenir un critère pour tous les concours d’enseignants. Il y a donc urgence à se mobiliser autour d’une réflexion sur la signification, l’usage et les dérives possibles de cette compétence. C’est à cette fin que le Collectif de l’IUFM de Grenoble a rédigé l’appel ci-dessous, que nous vous invitons à diffuser le plus largement possible. Nous vous proposons également de formuler (via le mail du collectif : collectif.iufmgrenoble@yahoo.fr) toute initiative pour donner une dimension nationale à ces interrogations.

Du service de l’Etat Républicain et de l’éthique pour un professeur

Sans qu’il soit possible de citer pour le moment une affaire officielle et publique, chaque enseignant, désormais, peut évoquer une circonstance professionnelle en laquelle la compétence 1, « Agir en fonctionnaire de l’Etat, de façon éthique et responsable »[1], a été brandie comme un rappel à l’ordre, la stigmatisation d’une faute, la menace d’une sanction pour manquement à un quelconque devoir professionnel.

La mention séparée et intimidante de cette première compétence semble déterminante pour objectiver une conscience professionnelle, jusque là cachée dans l’intériorité de chacun, comme si la conscience était située dorénavant dans l’esprit de l’employé supérieur, comme si le jugement, essentiel à l’exercice du métier de professeur, était devenu l’apanage d’un regard extérieur et institutionnellement hiérarchique. En énumérant une liste hétéroclite de devoirs détachés de l’acte d’enseigner, on juxtapose maximes de savoir-vivre et attentes pressantes d’un chef de service soucieux de l’image extérieure de l’établissement scolaire, c’est-à-dire que l’on définit l’agir professionnel en premier lieu par l’obéissance à la place de la puissance qui lui permet d’être effectif, de faire des choix pertinents.

Un tel usage détourne le sens premier de la compétence en rendant les termes de celle-ci tout à fait problématiques : le service de l’Etat se réduit alors à l’allégeance à un gouvernement éphémère tandis que la responsabilité éthique devient acceptation mécanique d’un ordre rendu arbitraire pour celui qui l’exécute[2].

Ces paradoxes sont porteurs de dangers pratiques que l’histoire politique et administrative de notre pays illustre fort douloureusement.

Nul ne peut entendre en cette évocation historique l’usage d’une rhétorique de propagande facile et offensant la mémoire, faite de rapprochements avec des actions monstrueuses éloignées de notre actualité, car chacun sait maintenant, par le travail des historiens, que c’est un certain rapport à l’Etat qui a rendu possible le fait que précisément la monstruosité ne fut plus un critère de refus et, du coup, qu’elle n’apparut plus comme monstrueuse.

C’est aujourd’hui ce type de rapport à l’Etat qui, loin d’avoir été critiqué par le passé, risque d’être posé comme norme du travail du professeur fonctionnaire !

On doit souligner, aussi, que ces paradoxes sont véhicules de confusions peu acceptables au sein d’une communauté dont la première mission consiste à exercer à la pensée rationnelle : il y a là le germe de contradictions que nous voudrions pointer afin de rassembler le maximum de personnels autour d’une véritable éthique, autour, aussi, d’un véritable service de l’Etat républicain. Il va de soi que cet appel prétend dépasser les divergences syndicales comme les niveaux de travail dans l’école, maternelle ou université.

Servir un Etat, par définition stable, c’est obéir à la volonté générale d’un Peuple, au regard de laquelle les dispositions particulières de tel ou tel gouvernement, de tel ou tel exécutif passager, ne sont au mieux que des moyens pour la concrétiser. Les moyens, quels qu’ils puissent être, ne sont ni admirables ni des fins en eux-mêmes : ils valent ce que valent leurs résultats et il serait contradictoire et, à terme, fort périlleux pour un Etat de droit de vouloir les sacraliser par une obéissance inconditionnelle, les soustrayant ainsi à l’évaluation régulière nécessaire qui, seule, donne son sens et sa place à un instrument.

C’est donc la volonté générale d’émancipation de chacun que, selon la fondation de l’Ecole, les professeurs ont pour mission de servir en instruisant ou, si l’expression  choque par trop la sensibilité des intentions novatrices, en éduquant chaque futur citoyen, quelle que soit son origine sociale ou ethnique. Le service d’un professeur de l’école publique est donc essentiellement celui de la transmission d’une culture réfléchie au plus grand nombre ; universelle en son objet comme en son adresse, elle ne saurait être inféodée à telle ou telle mode pédagogique, pas plus qu’à telle ou telle tendance politique qui, à l’évidence, ne peuvent, sans violence, engager le sort d’une génération nouvelle.

Du côté de l’éthique d’un professeur il faut, avant même toute prise de parti doctrinale, renchérir sur la lettre de l’intitulé de la compétence 1 en précisant qu’elle suppose l’existence d’une responsabilité professorale. Parler d’éthique, c’est requérir du côté de l’enseignant exécutant une capacité de répondre de ses actes, d’en être l’auteur, bref, ce que l’on appelle une conscience professionnelle. On peut  raisonnablement affirmer que celle-ci doit être développée par un travail de formation et de réflexion personnelle, ce que ne peut permettre un simple décret, d’où qu’il émane.

L’éthique d’un professeur peut-elle concerner autre chose que l’acte d’enseigner à des personnes qui ne savent pas encore ce qu’il importe de savoir pour devenir une personne de plein droit, tâche à la charge de personnes dont la maîtrise académique est certifiée et régulièrement contrôlée ? S’il faut parler d’éthique, alors c’est ce dénivelé entre personnes qu’il faut interroger pour qu’il ne donne pas lieu à des abus de pouvoir mais, au contraire, soit à la hauteur de sa promesse d’autonomie conquise par l’élève au terme de sa scolarité. Là encore, c’est à la signification de l’accès au savoir qu’il convient de former les professeurs, mais du point de vue, cette fois, de son importance pour la constitution d’une subjectivité humaine.

La déontologie du métier étant définie par des décrets et circulaires, dont l’application est garantie par la structure et le fonctionnement d’un établissement scolaire, au nom de quoi poser la première compétence comme un devoir particulier, un moyen de sélection dans les concours de recrutement, un critère de titularisation et d’avancement dans la carrière ? Il est impossible à cet égard de ne pas remarquer que l’explicitation officielle de cette compétence instrumentalise délibérément l’évidence immédiate des devoirs d’un métier afin de constituer l’image d’un professeur « aux ordres », toujours potentiellement répréhensible. Quel autre but poursuit-on ainsi, que l’installation pour l’enseignant d’un cadre de crainte, d’une atmosphère de menace, tous deux reconnus officiellement, par l’exemple tragique de certaines entreprises privées, destructeurs du travail commun comme de la vie individuelle des employés ?

Si, par contre, il s’agit, en la déclaration de cette compétence, d’expliciter les dimensions civique et morale de l’enseignement, alors la première compétence doit de toute urgence faire l’objet d’un débat national réunissant les partis politiques, les associations et syndicats de professeurs, les parents d’élèves. Sans une réelle formation pour la définir rigoureusement et pour la soutenir durablement, sa mention ne peut en effet conduire qu’à une soumission irresponsable et, comble du comble, inefficace pour les élèves : obéir à des règlements toujours fluctuants sans être en mesure d’être partie prenante de l’action entreprise c’est faire montre de docilité sans doute, mais en aucun cas être capable d’appréhender de manière réfléchie le bien des élèves et celui de la Nation.

Le collectif de l’IUFM de Grenoble appelle tous les acteurs de l’Education Nationale, y compris ceux amenés à se référer à cette compétence dans le cadre de leur service (formation, évaluation ou encore usage normatif dans le métier), à constituer des Assises Nationales pour que le service de l’Etat comme l’exigence éthique ne soient pas synonymes de servilité stérile et redoutable mais, bien au contraire, de conscience de ce que veut dire enseigner le meilleur à toutes et à tous. Cela, avant qu’il ne soit trop tard.

Grenoble, le 11 mai 2011


[1] Inaugurant la liste des 10 compétences censées aujourd’hui définir le métier de professeur (Bulletin Officiel n°29 du 22/07/2010).

[2] Il convient de rappeler le cadre légal de la Fonction Publique (Art. 28 de la Loi n°83.634 du 13/07/83) : « Tout fonctionnaire, quel que soit son rang dans la hiérarchie, est responsable de l’exécution des tâches qui lui sont confiées. Il doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public. Il n’est dégagé d’aucune des responsabilités qui lui incombent par la responsabilité propre de ses subordonnés ».



19 OCT 2010 – le Collectif soutient l’action des professeurs stagiaires
20 octobre 2010, 10:36
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Ce mardi 19 octobre, journée dense pour le Collectif de l’IUFM de Grenoble

1/ Présence bruyante et déterminée de l’IUFM dans la Manif. Comme à chaque fois, les anciens rejoignent le Collectif et apprennent aux nouveaux la chanson « ENSEIGNANT-VENTREBLEU » (la vidéo est accessible sur demande).

2/ AG à 14h30 où ont été discutés les points suivants :

a) La caisse de solidarité : mise en fonctionnement depuis un mois, elle a permis d’éviter que les retraits sur salaire n’entravent le droit de grève. Les principes de son fonctionnement sont les suivants :

  • la caisse est locale, limitée aux personnels du site géographique de Grenoble (site et siège)
  • l’anonymat des donneurs et des bénéficiaires est un principe fondamental (somme approximative versée par personne en liquide = 50 euros)
  • 2 personnes gèrent le fonctionnement de cette caisse  (Macha et François) sur leur temps de pause entre midi et deux
  • la caisse est abondée en continu et chaque personne gréviste demandant compensation peut le faire dès le lendemain de chaque jour de grève
  • toute personne solidaire de la grève peut abonder cette caisse

b) La compétence C1 « Agir en fonctionnaire de l’Etat de façon éthique et responsable » : suite à la démission de 8 membres du jury d’agrégation de philosophie et sachant que cette C1 fait aujourd’hui partie de tous les oraux de concours, il a été décidé de rédiger un argumentaire destiné à la profession, aux jurys de concours et plus largement à la communauté universitaire. Il a également été proposé par les syndicats présents de diffuser largement une note informative sur les droits et devoirs des enseignants fonctionnaires d’Etat.

c) L’AG s’est ensuite délocalisée vers l’amphithéâtre de l’IUFM afin de débrayer un cours magistral prévu pour les fonctionnaires stagiaires du premier degré (en ce moment dans les locaux de l’IUFM pour quelques semaines) : une centaine de fonctionnaires stagiaires ont pu faire part des difficultés vécues depuis leur prise de fonction, tant sur le plan pédagogique que sur le plan institutionnel (conditions de titularisation peu claires, peur de se mettre en grève, …). Ils déplorent le manque de formation tout court et l’inadéquation entre le peu de formation commanditée par l’inspection à l’IUFM, et leurs besoins pressants (aussi bien de prise de recul théorique que d’outils pratiques). Ils décident alors sur le champ de s’organiser en AG des professeurs de écoles stagiaires afin de faire remonter à l ‘Inspection la lettre ci-dessous, votée à l’unanimité, qu’ils demandent au Collectif de diffuser (en plus de sa diffusion sur la liste nationale des professeurs des écoles stagiaires : pes-primaire@precarite.org).

19/10/2010  A Grenoble, 80 personnes présentes

AG de Professeurs des Ecoles Stagiaires

Objet : demandes à l’intention de Madame l’Inspectrice d’Académie.

Après avoir fait le constat d’une entrée dans le métier difficile, les PE Stagiaires de l’Isère réunis en assemblée générale, demandent à l’unanimité :

  • Une formation supplémentaire en cours d’année adaptée à nos besoins spécifiques de terrain.
  • La mise en place d’un temps de décharge hebdomadaire, avec une personne ressource, consacré à la préparation et à la formation.
  • Des conditions de validation transparentes.

Les Professeurs des écoles stagiaires de l’Isère.



Tout (re)commence en Mai : motion de l’AG unitaire CNFDE, FCPE, SLU, CNU du 10 avril 2010
13 avril 2010, 12:49
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Nous n’acceptons pas…

Nous, parents d’élèves, étudiants, enseignants du premier, du second degré et du supérieur, formateurs et enseignants des IUFM et des UFR, BIATOSS, chercheurs, réunis en assemblée générale unitaire ce 10 avril, n’acceptons pas une politique destinée à détruire jusqu’à l’idée même de service public de l’Éducation et à faire de la formation et l’éducation des marchandises.

Cette attaque contre l’éducation s’inscrit également dans une entreprise de casse du travail qui frappe aussi bien le privé que tous les secteurs du public : santé, recherche, justice, culture, pôle emploi.

Nous n’acceptons pas que l’idéologie managériale étende sans cesse son empire, avec les conséquences que l’on sait (exemple de France Télécom notamment).

Ensemble contre la destruction de l’Éducation nationale,
de la maternelle à l’université

Nous continuons à refuser l’opération de casse de l’Éducation nationale baptisée « mastérisation ». Nous affirmons à nouveau, avec la quasi-totalité des syndicats, des associations, des sociétés savantes et un très grand nombre de conseils d’UFR, de conseils centraux d’universités, que nous n’acceptons pas que, sous prétexte d’économies, mais en réalité pour privatiser et marchandiser le savoir, on sabote irrémédiablement la formation des enseignants, que l’on tue les IUFM, les formations à la recherche, que l’on contraigne les nouveaux enseignants à prendre en charge des classes à temps plein dès la première année, sans véritable formation, et que l’on dénature les concours de recrutement, compromettant ainsi durablement la qualité de l’enseignement.

Au moment où le ministre réunit des  « États généraux de la sécurité à l’École »,

  • il organise en même temps les conditions nécessaires au développement de l’insécurité pour 1,6 millions d’élèves, leurs enseignants-stagiaires non formés, premières victimes de cette réforme, et les établissements où ils seront affectés,
  • Il organise une managérialisation de la gestion des établissements et des personnels, qui déstabilise la situation des agents titulaires et généralise la précarité.

Nous réaffirmons, avec les 80 000 signataires de la pétition nationale, qu’enseigner est un métier qui s’apprend et que la formation des enseignants est un investissement indispensable à l’avenir du pays.

Ce que nous exigeons, dès 2010-2011

Nous exigeons, dès 2010-2011 que :

  • Les décrets de juillet 2009 soient abrogés et la réforme abandonnée
  • Les nouveaux enseignants n’effectuent qu’un tiers de leur service de référence et bénéficient d’une véritable formation au métier pendant les deux tiers restants,
  • On puisse s’inscrire au concours de professeur des écoles et au CAPES avec une licence, à l’agrégation avec une première année de Master,
  • Soit réaffirmé le rôle central des IUFM, et le rôle des maîtres-formateurs (détenteurs d’une certification) dans la formation des futurs enseignants,
  • Soient restitués les 16 000 postes supprimés dans l’Éducation nationale,
  • Le recrutement de non-titulaires soit arrêté,
  • La préparation aux concours et une vraie année de formation après le concours soient reconnues par une équivalence de Master,
  • Le calendrier actuel et le contenu des concours de recrutement soient maintenus,
  • La préservation, la conservation, l’entretien et le développement de l’intégralité du patrimoine public de l’Éducation nationale soient assurés de façon pérenne,
  • Soient abandonnées les réformes qui attaquent le premier degré (évaluations nationales, suppression des RASED, réduction du temps scolaire, aide personnalisée, stages de remise à niveau, risque de mise en place des EPEP),
  • Soit abandonnée la réforme des lycées, en préparation pour la prochaine rentrée, qui entraîne la diminution des Dotations Horaires Globales, l’augmentation des heures supplémentaires au détriment des heures postes, la précarisation de la fonction de professeur (stagiaires, contractuels), le dévoiement des savoirs enseignés au profit de pseudo compétences de pré-professionnalisation, l’arbitrage sur les DHG à l’échelle des établissements, générateur de conflits entre les disciplines et de concurrence entre les établissements.

Nous ne participerons pas à la mise en œuvre de ces mesures et nous nous y opposerons, jusqu’à l’abrogation des décrets et à l’abandon de la réforme. Nous ne contribuerons ni à la mise en place pour des étudiants de stages en responsabilité qui ne sont que des emplois précaires déguisés, ni à un « compagnonnage » sans moyens et sans ambition, ni à la confection de masters au rabais, ni à la préparation des concours.

Aujourd’hui, contribuer à la destruction de l’Éducation nationale ne saurait faire partie des obligations de service,  « Agir en fonctionnaire de l’État et de façon éthique et responsable », c’est garantir la qualité du service public contre l’acharnement idéologique dont il est victime.

Nous soutiendrons solidairement tout personnel en butte à des pressions hiérarchiques et à des mesures de rétorsion disciplinaires ou autres, pour faits de résistance à la destruction de l’Éducation nationale, de la maternelle à l’université.

Tout (re)commence en mai

Nous appelons tous les citoyens, étudiants, stagiaires, parents, enseignants, BIATOSS, de la maternelle à l’université, tous les syndicats à se mobiliser pour que ces « réformes » soient définitivement rejetées.

Nous appelons à un mot d’ordre unitaire de toutes les organisations syndicales pour le retrait immédiat de ces « réformes » qui devra permettre de les balayer.

Nous appelons tous les personnels à œuvrer dans le sens d’une grève reconductible dès le mois de mai.

Nous nous réunirons à nouveau le samedi 15 mai pour faire ensemble un nouveau bilan d’étape, élargir et renforcer les moyens d’action. Nous proposons dès maintenant à tous ceux qui sont prêts à se battre pour défendre l’Éducation nationale des pistes pour entrer dès maintenant dans l’action :

  • Nous proposons de réfléchir dès aujourd’hui à la possibilité de mettre en place une grève des examens et un blocage des concours de recrutement si le ministère s’obstinait à les organiser en automne.
  • Nous appelons à organiser et à animer des assemblées générales unitaires et transversales de villes et d’arrondissement, pour développer et coordonner localement des luttes de la maternelle à l’université.
  • Nous recommandons d’imaginer des actions visibles : Nuit des écoles/universités/IUFM,    marches nocturnes, pique-niques, etc., selon les possibilités locales.
  • Nous soutiendrons toutes les actions de refus collectif d’être tuteur et d’organiser, d’encadrer ou d’évaluer des stages en responsabilité avant les concours.
  • Nous coordonnerons les différents mouvements en cours dans l’Éducation nationale : interconnexion des listes de diffusion et des sites Internet (CNU, SLU, CNFDE, syndicats, AG locales, Appel des appels, etc.), liens entre les collectifs de pilotage.
  • Nous proposons de préparer une grève nationale par des actions coordonnées de grève par roulement (une journée) et de « grève marchante » (les grévistes d’un établissement vont à la rencontre des établissements voisins).
  • Nous recommandons de s’opposer partout à la remontée des maquettes de masters « enseignement » et d’imposer la transparence dans les établissements sur leur élaboration.
  • La pétition « 100 000 voix pour la formation des enseignants », qui dépasse aujourd’hui les 80 000 signatures, doit être complétée rapidement et sa remise au ministère donnera lieu à une action médiatisée.
  • Nous appelons tous les jurys de concours à adopter des motions condamnant la réforme, à l’instar du jury du CAPES d’histoire-géographie.

La présente motion est destinée à être largement diffusée et à servir d’appui dans les conseils et les différentes instances pour appuyer les motions et les propositions d’action.



Le collectif IUFM de Grenoble interpelle la communauté universitaire sur la mastérisation
26 mars 2010, 18:39
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Les formateurs du Collectif de l’IUFM de Grenoble

à

La communauté universitaire de l’académie de Grenoble

Objet : Lettre ouverte sur la « Mastérisation » et les conséquences de nos décisions

Chers collègues,

La réforme de la formation des maîtres, à laquelle l’ensemble de la communauté universitaire s’est opposé, prend concrètement forme, aujourd’hui, avec la réalisation des maquettes de masters. En tant que formateurs – universitaires, enseignants issus du premier ou du second degré – engagés dans la formation des maîtres, nous avons analysé avec précision les propositions de maquettes et nous jugeons important, à cette étape du processus, de nous adresser ouvertement à vous pour vous faire part de notre analyse du contenu et des effets de cette réforme.

Sans remettre en cause le travail et l’implication des collègues qui ont participé à l’élaboration de ces maquettes, force est de constater qu’elles sont inacceptables, parce que, contrairement aux discours ministériels, l’organisation des enseignements et les volumes de formation qu’elles proposent ne permettront ni une préparation aux concours, ni une préparation à l’entrée dans le métier d’enseignant. Doublement insatisfaisantes, ces maquettes de master mèneront les étudiants dans une impasse.

Sur le seul aspect de la professionnalisation, la disparition de l’actuelle alternance dans l’année de stage qui suit l’obtention du concours – CRPE ou CAPES –, alternance qui s’étale sur un an et propose des rythmes permettant une réelle formation des stagiaires, annonce un futur désastre dans de nombreuses classes :

  • difficultés attendues pour de nombreux étudiants placés en situation de remplacer pendant le stage « 108 heures » les fonctionnaires stagiaires qui auront obtenu le concours l’année précédente ;
  • désastre pour des enseignants non formés, qui, pour l’essentiel, devront trouver eux-mêmes (et en eux-mêmes) des solutions à des situations qu’ils ne sauront pas gérer professionnellement ;
  • désastre pour des élèves qui seront les sacrifiés de cette réforme.

Et personne ne peut aujourd’hui invoquer un rattrapage ultérieur de ce désastre puisque la formation continuée sera quasiment inexistante et faite hors temps de service, comme le préconise le projet d’arrêté de mars 2010 dénoncé vigoureusement par La CPU du 18 mars 2010.

Une professionnalisation démantelée :

Les maquettes actuelles prévoient la disparition pure et simple de 50% (en PE) à 65 à 85% (en PLC) des formations non strictement disciplinaires préparant les futurs enseignants

Le stage « 108 heures » ne peut pas être considéré comme un outil de formation, pour trois raisons :

  • il est trop restreint (actuellement, un stagiaire PLC2 en fait environ le double et un stagiaire PE2 exactement le triple)
  • l’étudiant de M2 remplacera un fonctionnaire stagiaire… non formé, ce qui accroît les difficultés quant à la prise en charge de la classe
  • son organisation groupée sur quelques semaines interdit tout processus d’analyse réflexive par aller-retour théorie-pratique.

Le téléscopage de logiques incompatibles :

Etant donné la place des concours (en début de M2) et la sélection prévue entre le M1 et le M2 dans ces maquettes, un nombre important d’admissibles aux concours ne seront pas admis en M2 : ainsi, sur l’académie, en PE, il y aura l’an prochain environ 600 admissibles pour 400 places en M2 , cela signifie que dans le meilleur des cas seulement 2/3 des admissibles  pourront suivre un M2… Que vont faire les autres ?

Pour la très grande majorité des étudiants, mener de front préparation au concours, obtention d’un master et entrée dans le métier sera tout simplement impossible et nous pouvons déjà avancer l’hypothèse que nombre d’entre eux, contraints de mener successivement ces différents aspects de leur formation, auront besoin d’une année supplémentaire, ce qui accroîtra d’autant la durée de leur cursus et pénalisera financièrement les familles les plus modestes.

A très court terme, la préparation à la prochaine session des concours relève de la mission impossible puisqu’il faudrait que cette préparation ait lieu… l’été ! Certaines UFR ont déjà annoncé leur décision de ne pas organiser de prépa CAPES pour la session de novembre 2010.

Nous avancions l’idée, depuis plus d’une année, que cette réforme était impossible à mettre en place parce qu’elle supposait d’articuler sur deux ans réussite au concours, réussite au Master et préparation au métier. Nous le vérifions clairement aujourd’hui.

Alors que les échéances se rapprochent, nous devons nous positionner collectivement :

  • en dénonçant clairement les discours ministériels : non, la formation des maîtres ne sera pas améliorée ; non, l’alternance ne sera pas renforcée ; non, les conditions d’entrée dans le métier ne seront pas « optimisées » !
  • en refusant la casse des statuts de la fonction publique (les reçus-collés étant recrutés sans concours et donc sans garanties statutaires) et la destruction progressive du service public de l’école ;
  • en refusant qu’une école sans maîtres réellement formés ne devienne, plus encore qu’aujourd’hui, le lieu de la sélection sociale.

Loin d’être isolée, la communauté universitaire peut s’appuyer aujourd’hui sur des soutiens convergents qui émanent de l’ensemble des usagers de l’école :

– la FSU, principale fédération de syndicats d’enseignants, dans un communiqué Snesup en date du 7 mars, « estime que la bataille doit se poursuivre. Elle continue de demander l’abandon de la réforme, le retrait des textes d’application concernant la formation et la remise à plat de l’ensemble de cette réforme ;

–  elle appelle les collègues des universités à ne pas proposer de formations de Master se soumettant aux injonctions ministérielles incompatibles avec une formation de qualité des enseignants. Elle exige dans le prolongement de l’année de transition, la révision du calendrier des concours 2011 » ;

–  la principale fédération de parents d’élèves, la FCPE, dans une lettre adressée le 17 mars au premier ministre et au président de la République, demande l’abandon de la réforme ;

–  de nombreux enseignants du premier et du second degré refusent d’être tuteurs, compte tenu des conditions de stage. Des appels nationaux se font jour dans ce sens. Enseigner est un métier, former des enseignants l’est tout autant !

Devant une telle analyse, unanimement partagée, des effets néfastes de cette réforme, l’Université va-t-elle enclencher ce processus destructeur de l’école publique en France ? Pouvons-nous accepter de mettre en place ce que nous jugeons professionnellement infaisable et éthiquement inacceptable ?

Sommes-nous obligés de nous précipiter et d’hypothéquer ainsi pour longtemps tout autre projet ?

le 25 mars 2010